Fissure de pare-brise sur le vol Transavia Biarritz-Marrakech : Analyse de l'incident

Que c'est-il passé?

Fin novembre, le vol Transavia TO4026 reliant Biarritz (BIQ) à Marrakech (RAK) a fait l’objet d’une couverture médiatique importante suite à son demi-tour d’urgence. En cause : une fissure apparue sur le pare-brise du cockpit en plein vol. Si cet événement a pu susciter de l’inquiétude parmi les passagers, il s’agit pour les équipages d’une panne technique connue, totalement maitrisable et très documentée notamment dans le QRH. Retour sur les faits et explication technique de cet incident.

Chronologie du vol TO4026

Le Boeing 737-800 de la compagnie Transavia a décollé de l’aéroport de Biarritz-Pays Basque aux alentours de 13h35. Après une montée standard et l’atteinte de son altitude de croisière au-dessus du nord de l’Espagne, le pare-brise a commencé a se fissurer.

Cette fissure s’est formée sur l’une des vitres du cockpit. Conformément aux manuels d’exploitation, le commandant de bord a pris la décision d’interrompre le vol vers le Maroc. L’appareil a effectué un demi-tour (procédure appelée Air Turnback) pour revenir se poser à son aéroport de départ, Biarritz. L’atterrissage s’est déroulé sans encombre et aucun blessé n’est à déplorer, malgré l’impressionnant aspect visuel du pare-brise endommagé une fois au sol.

Comment est conçu un pare-brise d'avion ?

Pour comprendre pourquoi cet incident n’est généralement pas catastrophique, il faut se pencher sur la conception des fenêtres de cockpit (ou cockpit windows).

Contrairement à un pare-brise de voiture, une vitre de Boeing 737 est un assemblage complexe de haute technologie, conçu pour résister à des impacts d’oiseaux à haute vitesse et à la différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur de l’avion.

Elle est composée de trois couches principales (feuilletage) :

  • La couche extérieure (Thermal Shield) : C’est une couche de verre ou d’acrylique durcie. Son rôle principal est de protéger contre l’abrasion et les chocs physiques.
  • La couche intermédiaire (Conductive Layer) : Souvent en vinyle, elle contient le système de chauffage électrique. Ce chauffage est présnet pour empêcher le givrage, mais surtout pour garder la vitre souple (le froid extrême en altitude rend le verre cassant).
  • La couche intérieure (Structural Ply) : C’est la partie la plus épaisse et la plus résistante. C’est elle qui supporte la charge de la pressurisation de la cabine.

Pourquoi une vitre se fissure-t-elle ?

Dans la majorité des cas, c’est un dysfonctionnement du système de chauffage (un « point chaud » ou un arc électrique) qui crée un choc thermique, faisant éclater la couche extérieure. C’est impressionnant visuellement (effet « toile d’araignée »), mais la couche structurelle reste intacte. La pressurisation de l’avion n’est donc pas impacté et il n’y a aucune incidence pour la sécurité du vol.

Quelles sont les procédures : Que font les pilotes dans cette situation ?

Lorsqu’une fissure apparaît, les pilotes appliquent une « check-list » précise (le inscrite dans le QRHQuick Reference Handbook). La procédure standard pour un incident de type « Cracked Windshield » implique généralement :

  • Réduire la vitesse : Pour diminuer la pression aérodynamique sur la vitre.
  • Couper le chauffage de la vitre : Pour éviter d’aggraver la fissure si l’origine est électrique.
  • Descendre à une altitude de sécurité : Par précaution, les pilotes peuvent descendre à une altitude où la différence de pression est moindre (souvent autour de 10 000 pieds), ce qui réduit la contrainte sur la vitre restante.
  • Se dérouter : Bien que l’avion puisse techniquement continuer à voler, la visibilité réduite et le principe de précaution imposent généralement un atterrissage sur l’aéroport adéquat le plus proche.

En résumé

L’incident du vol Biarritz-Marrakech illustre l’efficacité des redondances dans l’aéronautique. Si le terme « fissure » est anxiogène pour le grand public, la conception multicouche des pare-brise garantit que l’intégrité de l’avion est préservée même lorsqu’une couche cède. Le retour à Biarritz n’était pas un signe de détresse absolue, mais l’application stricte du principe de « sécurité des vols » par l’équipage de Transavia.

Image d'illustration d'un pare-brise craquelé
Image d'illustration